15.03.2012

Non à l'impunité pour les violeurs

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Cette semaine, une vive émotion s'est emparée de la toile marocaine après le suicide d'Amina, une adolescente de 16 ans, originaire de Larache, qui s'est suicidée après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée. Cette histoire, bien que choquante, n'a rien d'exceptionnelle au Maroc. Dans les cas de viol, il arrive que les familles préfèrent sauvegarder l'honneur de leur fille plutôt que d'entreprendre une action en justice. Injuste et déroutant, l'article 475 du Code Pénal stipule que:

"Quiconque, sans violences, menaces ou fraude, enlève ou détourne un mineur ou tente d'enlever ou de détourner un mineur de moins de 18 ans est puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 120 à 500 dirhams.Lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épouse son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi qu'à la suite de la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut-être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée."

Par un détournement de la loi et une certaine complaisance de tous les acteurs concernés, cet article sert d'échappatoire à la justice pour les auteurs des viols, qui préfèrent se marier à leur victime plutôt que d'aller en prison. Dans le cas d'Amina, ses parents avaient bien déposé plainte au parquet de Tanger, mais ils ont ensuite été encouragés, par l'entourage des deux familles, à abandonner les charges et à donner leur fille en mariage à son agresseur pour que l'affaire soit close rapidement.

Condamnée à vivre avec son bourreau et à subir des violences indsupportables, Amina s'est donnée la mort, samedi 10 mars, en avalant de la mort aux rats. Cette terrible affaire vient mettre à la une de l'actualité l'un des aspects les plus cruels de la condition féminine au Maroc. Pour changer les choses, il faut commencer par changer la loi. Une pétition a été mise en ligne pour que l'article 475 soit supprimé. Pour signer, c'est ici. En plus de la pétition, plusieurs marches et sit-in sont prévus par les associations de défense des droits des femmes. En attendant que le gouvernement marocain réagisse.

13.03.2012

La culture de la nuit

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Six heures du matin, un mardi sur le boulevard d’Anfa. J’ai raté mon réveil, et donc le passage du chauffeur de la radio pour m’emmener au travail. Comme toujours dans ces cas là, je me pose devant le Segafredo en attendant qu’un taxi veuille bien s’arrêter, et je compte secrètement sur le garçon de café qui sort les tables pour m’assister en cas de besoin. Après cinq minutes d’attente, qui paraissent une éternité à cette heure où le jour n’est pas encore levé, un petit taxi s’arrête et m’invite à monter à bord.

A l’intérieur, deux jeunes filles sont déjà installées. Elles sont très jolies et plutôt bien habillées, sans être vulgaires. Je devine toutefois que contrairement à moi, elles ne vont pas « au boulot », mais qu’elles en reviennent. Dans la voiture, c’est le moment où elles enlèvent leurs talons aiguilles pour chausser des ballerines plus confortables. Les détails de la conversation en darija m’échappent, mais je comprends que l’une des deux déplore la perte du sens « de la culture de la nuit ». On les dépose devant leur immeuble, près de Yacoub El Mansour, et le chauffeur prend soin d’attendre qu’elles soient entrées, et donc en sécurité, pour repartir.

A peine sommes-nous en route que le chauffeur me fait un compte rendu de leur situation. Ces deux jeunes filles, encouragées par « une copine », font partie de celles qui fréquentent la nuit les bars à chicha de Casablanca. Mais cette nuit là, ça a dégénéré, une bagarre a éclaté. Les risques du métier, certainement. Le chauffeur se lamente : « Si tu veux partir avec elles, elles te demandent 1000 dirhams ! » Après l’incident de cette nuit, les deux professionnelles junior ont décidé de changer, de prendre les choses en main. Arrêter de vendre leurs corps peut-être ? « Non, me répond mon conducteur, maintenant elles ne veulent plus aller que dans des endroits bien, des grands hôtels. » Ah… Celui qui aurait bien aimé profiter de leurs services à un prix plus modeste se montre critique : « Elles gagnent beaucoup d’argent alors elles ne vont pas arrêter… Là elles sont jeunes, elles sont mignonnes… Mais dans cinq ans, elles seront dégueulasses. »

« Dégueulasses » comme il dit, peut-être malades, coincées dans un enfer nocturne fait de violences et d’insultes, en proie au désespoir…Tout ça pour 1000 dirhams par soir, à l’heure où leur jeunesse pourrait leur permettre de changer de voie et de préserver leur dignité. Au final, le chauffeur et moi arrivons à la même conclusion, impuissante et banale : « C’est triste. »

 

30.01.2012

Que faire d’Eric Gerets ?

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On se disait que le week-end suffirait peut-être à faire passer la gueule de bois de la défaite face au Gabon. Mais en ce lundi, l’élimination des Lions au premier tour de la CAN continue de susciter la colère.

On oublie, et on passe à autre chose, c’est souvent ce que l’on se dit en cas d’échec. « Allons de l’avant, corrigeons nos erreurs et essayons de faire mieux. » Seulement voilà, l’heure est toujours à la consternation chez les 35 millions de Marocains, qui ont assisté, impuissants, à la débâcle des Lions en Coupe d’Afrique des Nations.

Après un week-end de réflexion post-traumatique, beaucoup sont arrivés à cette conclusion : le Belge Eric Gerets doit partir, et on ne lui demande pas son avis. Le Lion de Rekem, celui qui nous promettait de rentrer au bercail avec la coupe dans ses bagages, a raté son pari. Pourquoi alors devrait-on encore le subir ?

D’abord, parce que la Fédération Royale Marocaine de Football lui a fait signer un contrat pour 4 ans, valable jusqu’à fin 2014. Le licencier, ce serait donc s’aventurer sur le chemin des qualifications de la CAN 2013 et du mondial 2014 avec un nouvel entraineur qui aura, encore une fois, tout à faire, mais aussi s’engager à verser une grosse indemnité à Eric Gerets.

Or, la question du gaspillage de l’argent public et les polémiques sur le salaire de l’entraineur sont plus que jamais de retour aux avant-postes du débat public. Personne ne connaît le montant exact de la rétribution d’Eric Gerets, la somme de 250 000 euros mensuels n’ayant jamais été confirmée. Mais que ce soit plus ou moins, ce sera de toute évidence toujours trop pour les Marocains, qui ne lui pardonneront pas l’humiliation infligée au Royaume au premier tour de la CAN.

Que Gerets soit capable ou non de rehausser le niveau et de créer la surprise dans l’avenir, cela n’est pas le seul problème. On peut se demander aussi s’il serait sain pour la stabilité mentale du pays (déjà taxé de schizophrénie) de maintenir coûte que coûte en poste un homme dont personne ne veut plus, ou presque ?

Déjà critiquée pour son fonctionnement, la Fédération gagnerait peut-être à écouter les bruits qui lui parviennent à travers les murs de sa forteresse. A moins que l’on ne décide de trancher en organisant un référendum : « Pour ou contre le maintien d’Eric Gerets à la tête de la sélection nationale ? » Pour voter oui, choisir le bulletin marqué d’un logo représentant un ballon rond, pour dire non, choisir celui avec une guillotine. Sans nul doute, la participation au scrutin atteindrait un record historique.